23.06.2008

Déclinaisons du silence

L’enfant silence
de Cécile Roumiguière et Benjamin Lacombe

Seuil jeunesse, 2008

Litli Soliquiétude
de Catherine Leblanc et Séverine Thevenet

Editions Où sont les enfants ? 2008

 

 

 

 

Déclinaisons du silence

Une enfant choisit de se taire afin de protéger ceux dont elle craint d’être séparée : ses géniteurs, parfois doux, souvent féroces, qu’elle associe à des loups et qu’elle retrouve le soir après l’école dans une tanière tantôt chaleureuse, tantôt hostile. Un silence choisi, à défaut de pouvoir trouver d’autres armes. Un silence refuge assumé et entêté, pour ne pas avoir à trahir ceux qui la maltraitent et la privent en partie d’enfance. Un silence prison (tel qu’il s’incarne dans la cage qui revient dans certaines illustrations) qui, paradoxalement, attire l’attention sur la fillette et sur ce qu’elle tait, et qui inquiète la maîtresse - « alors le matin, parfois, on l’assoit devant une dame qui sent bon la banane et le pain grillé. » Mais là encore, elle ne sait que dire, ni comment. Le mutisme de la petite fille (qui, sous les pinceaux de Benjamin Lacombe, apparaît le visage grave, tandis que ses grands yeux tristes et fatigués « boivent le monde ») est mis en mots avec simplicité par Cécile Roumiguière, une simplicité qui n’exclut pas la poésie et la complexité des émotions qui traversent ce récit poignant. Les illustrations, d’une grande finesse, s’accordent aux mots sans les singer, les interprétant et les complétant avec originalité, enrichissant le texte touffu - malgré son apparente limpidité.

Car cet album raconte un dilemme difficile à résoudre, même vu de l’extérieur, une histoire de résilience et d’étouffement, d’une souffrance qui demeurerait invisible si l’on n’acceptait pas de s’y pencher. Le mérite de l'ouvrage est de proposer un regard suffisamment détaché - qui n’empêche par l’empathie - sur le parcours de l’enfant, permettant ainsi d’en saisir toutes les facettes : il y a certes une victime, identifiable, mais ses bourreaux ne sont pas rejetés en bloc et l’on comprend, à travers quelques phrases seulement, que ces derniers ne sont pas les monstres qu’on pourrait penser. Et si l’enfant n’a que son silence à offrir au départ, c’est pour dire aussi combien elle a peur pour eux.

Le silence de Litli, petite marionnette qui explore le monde en solitaire, à sa manière, est d’une tout autre nature - un silence paisible en apparence, même si Litli (son nom signifie « petit » en islandais) se réveille d’abord dans un univers terne et gris, en noir et blanc. Elle se lève malgré tout et part à la recherche d’autre chose, d’un ailleurs en couleurs. Un voyage initiatique parsemé de dangers, de fissures, voire de gouffres, que la petite parvient cependant à franchir, comme si une petite voix intérieure la soutenait régulièrement dans sa quête.

Car l’histoire de Litli est d’abord silencieuse, une succession de photographies lumineuses de Séverine Thevenet, que la marionnette Litli a accompagnée jusqu’en Islande. Les mots économes de Catherine Leblanc, qui apparaissent de temps à autre en surbrillance sur quelques-unes des pages - des mots qui guident et incitent le petit personnage à aller de l’avant, à ouvrir les yeux sur le monde - sont venus se superposer plus tard, non pas pour troubler le silence d’un récit en images qui aurait presque pu se suffire à lui-même, mais pour lui donner une résonance nouvelle.

« Seuls les mots de Catherine Leblanc ont su faire leur place : ils ouvraient de nouvelles portes dans mes images et dans l’histoire », explique celle qui se dit « mariographe », refusant de choisir entre la photographie et les marionnettes, deux passions qu’elle est parvenue à conjuguer dans ce beau livre. Des mots qui se font leur place mais savent aussi se taire quand il le faut. La « soliquiétude », sous-titre de l’album ? Un néologisme qui sonne juste, un terme qui combine solitude et quiétude, « la tranquillité douce de celui qui marche et fait naître le monde en chemin. » Le mutisme pour mieux dire les choses, un texte réduit au minimum afin de laisser parler le silence et de ne pas empiéter sur le territoire des photographies qui se succèdent.

Dans chacun de ces deux albums dont la démarche esthétique est fort différente l'une de l'autre, les parcours respectifs de l’enfant et de Litli ne sont pas similaires au prime abord, mais le silence (apaisant ou étouffant) et la place des mots (libérateurs ou alliés) sont au cœur de chacun d’eux, en lien avec une renaissance au monde et à la vie (« Viens au monde », disent les mots à Litli, qui redécouvre enfin les couleurs). Une vie devenue grise et sans éclats pour la marionnette, une vie qui n’en était plus une pour l’enfant silence, qui se contentait de murmurer quelques lettres, à l’image des petits pas indécis de Litli au tout début de son aventure. Des albums qui disent l’indicible avec délicatesse, et qui rappellent que tous nous tendons peut-être, en fin de compte, à la quiétude.

B. Longre
(juin 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

http://www.cecileroumiguiere.com

http://www.benjaminlacombe.com

http://ousontlesenfants.hautetfort.com

http://catherineleblanc.blogspot.com

http://shashi.club.fr/index.html

   
   

Les histoires sans fin

8db3badd707ea8a1f1d654405785ea11.jpgLitli est une marionnette qui nous emmène en Islande. Nous suivons donc ce petit bonhomme dans les paysages volcaniques, sur les bords de l'eau, dans la ville... On contemple avec lui, on s'émerveille avec lui.
 
Grâce à la beauté des photographies de Séverine Thevenet, au  texte minimaliste de Catherine Leblanc, on peut apprécier pleinement ce livre, on pourrait presque recréer un autre imaginaire, une autre histoire avec Litli. Finalement la "soliquiétude", terme inventé ici, caractérise tout à fait l'état dans lequel on est après avoir ouvert ce livre: une quiétude bien agréable...


Titre : Litli, soliquiétude
Auteur : Catherine Leblanc
Photographies : Séverine Thevenet
Éditeur : Où sont les enfants ?
ISBN : 9782915970159

L'article sur le site "Les histoires sans fin" 

 

06.06.2008

Lecture d'Ariane Tapinos pour la librairie Comptines et la revue Citrouille

arton1152.jpg

Mademoiselle Zazie et les femmes nues

Thierry LENAIN & Magali SCHMITZLER
Éd. Où sont les enfants, coll. Chahu-bohu, 4e trimestre 2006
12,30 €

On s’est toutes (et certains ?) émues devant ces corps de femmes livrés aux regards des chalands, pour vendre lingerie et parfums, mais aussi voitures ou services divers. Nos regards d’adultes ont été attirés, choqués, amusés, énervés...Censurant le censeur qui est en nous, on s’est interdit de penser à ce que les enfants en pensent de ces corps exposés, dévoilés, de ces images de l’intime placardées sur les murs de nos villes. Et pourtant... Pourtant quand Thierry Lenain a écrit cette nouvelle aventure de Mademoiselle Zazie, l’évidence était là, aussi visible que des seins sur des affiches format abribus : cette nudité-là interroge les enfants. Et Mademoiselle Zazie, qui n’est pas en retard d’une question, se demande à quoi peut bien servir toute cette chair étalée. Mais il lui suffit de voir Max, son amoureux, bécoter les nénés d’une des belles de papier, pour décider que les respecter c’est les rhabiller. La voilà donc qui, aidée de quelques copines et bientôt rejointe par Max et ses amis, colle des vêtements de papier sur ces poupées grandeur nature.
Max et Zazie se réconcilient et on se prend à rêver de les imiter...

« Un livre engagé... et espiègle ! » dit la quatrième de couverture, et c’est bien les deux qualificatifs qui viennent à l’esprit à la lecture de ce drôle d’album, qui aborde avec humour et sensibilité un sujet plus brûlant qu’il n’y paraît. Et tellementbrûlant que Thierry Lenain a longtemps désespéré de trouver un éditeur pour cette troisième aventure de Mademoiselle Zazie. Ce sont finalement les éditions Où sont les enfants ? qui lui ont proposé de mettre en images (et en photos, puisque c’est la caractéristique de leur travail) son texte. Et c’est là une autre originalité de l’album. On s’était habitué à la Zazie à la bouille toute ronde de Delphine Durand, pourtant cette Zazie captée par l’objectif de Magali Schmitzler est crédible et ce choix de la photo, tout aussi évident que celui du sujet. Sorte de mise en abîme (les photos des « femmes nues » sont d’ailleurs visibles, comme elles le sont pour les enfants du livre), cette forme « d’illustration » est plus qu’un choix d’esthétique, c’est un choix de sens.

par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : samedi 12 mai 2007.

Sitartmag

Prénom Camille
de Tieri Briet et Juliette Armagnac

Editions Où sont les enfants ? 2007

 

 

 


Un simple prénom… ?

Un prénom est-il un mot comme les autres ? Non, bien sûr, et cet ouvrage entend le démontrer en déclinant toutes les significations visibles ou secrètes, fugaces ou indélébiles, qu’un simple prénom (celui de Camille, qui représente avant tout une petite fille) est capable de renfermer… Car un prénom n’est pas qu’un assemblage arbitraire de signes ou de sonorités et contient tout ce qu’un être peut incarner, pour lui-même ou aux yeux d’autrui. D’abord fœtus dans le ventre maternel (« c’est ce prénom qui résonnait autour du ventre de sa maman »), puis petite fille, Camille joue avec ses amis, explore le monde environnant (la nature, de préférence ), puis découvre les lettres de son prénom et prend conscience que les autres (sa grand-mère, sa maîtresse ou ses amis), même s'ils l'appellent par son prénom, ont une façon différente de l'appeler… et qu’il faut parfois apprendre à le partager (avec un petit garçon qui lui aussi s’appelle Camille), tout en se l’appropriant afin de pouvoir s’y identifier pleinement…

Le texte, volontairement très simple d’accès, parle d’emblée aux enfants, mais aussi à chacun de nous (puisque nous avons tous été nommé à la naissance), et vogue sur les photographies floutées de Juliette Armagnac qui intègrent le prénom de Camille de manière éphémère ou plus durable – prénom brodé, gravé dans le bois, crayonné sur un mur, écrit en gouttes d’eau, tracé dans la buée, composé de perles, ou bien néon de lumière...

Mais derrière la limpidité de l’album, se dessinent des questions qui creusent la notion d’identité (même si le prénom n’est que le support de cette identité) et bien sûr, l’envie de grandir, le désir de continuer d’explorer le monde environnant, de s’approprier l’espace et de marquer son territoire (en y inscrivant son prénom, par exemple, comme sur la photo où apparaissent deux pieds fermement rivés sur le sol moussu de la forêt), de laisser une trace et de se différencier des autres, d'apprendre à apprivoiser son prénom, à l'aimer et à s'aimer à travers lui. Ici, la photographie ne se contente pas de reproduire le réel, mais nous le livre de manière parcellaire, pour en donner une vision neuve qui oblige à regarder le monde autrement – avec les yeux d’une petite fille aventurière...

Blandine Longre
(juillet 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://ousontlesenfants.hautetfort.com

Editions Où sont les enfants ?
Derrière la rue
46240 Vaillac
osle@wanadoo.fr

Citrouille, mai 2007

9782915970074.jpgPrénom Camille

29.05.07

  • Tieri Briet
  • Illustrations Juliette Armagnac
  • Chahu-Bohu, Où sont les enfants ? - 12,30 €

Il y a peut-être deux sortes d’albums. Ceux que l’on lit en diagonale, c’est-à-dire pas même une fois, et ceux que l’on relit. Plusieurs fois. Qui ne vous donnent pas tout, tout de suite. Ceux dont les lectures successives nous font avancer comme sur un chemin, à tâtons. Ceux que l’on a envie de montrer aux personnes que l’on aime pour savoir ce qu’elles y lisent, et puisent. Ceux que deux personnes ne liront jamais de la même manière, ou que même une seule personne lira plusieurs fois différemment.

Prénom Camille est de ceux-ci. A la première lecture, on prend la poésie, la musique du texte, on prend l’enfance, offerte. Et dans les lectures, nombreuses, qui suivent, on cherche. D’où vient l’émotion, et le nom des choses que le texte remue en nous. Camille est un enfant, un futur aviateur, un explorateur. Ce prénom répété presque à chaque page, c’est l’enfant qui grandit à l’intérieur du prénom qu’il porte. L’enfant qui cherche qui il est, et qui va le trouver, mais dans l’autre. Dans l’autre Camille, l’enfant du reflet, du miroir, l’enfant en écho. Parce qu’au début de chaque histoire, au commencement de chaque vie, il y a ce quelqu’un d’autre que l’on nomme et qui nous fait nous. Le début de l’identité, c’est chaque lettre d’un prénom additionnée.

Et dans les photos de Juliette Armagnac, on fouille aussi comme derrière les mots. On cherche la clé de ce qui n’est pas donné d’emblée.

Les livres qui comptent, dans une vie, on les reconnaît. Ce sont ceux dans lesquels on veut s’arrêter, comme devant un miroir, et chercher.

Madeline Roth, L’Eau Vive

A

Editions "Où sont les enfants ?" à la bibliothèque de Lavardac

Qui pourrait mieux se présenter qu'eux mêmes !

illustration+A.jpg


Illustration+B.jpg


Je suis enchantée de recevoir et d'accueillir Tieri Briet: éditeur du Lot qui a bien voulu venir dans notre bibliothèque rurale.
Derrière la rue 46240 Vaillac
Tél :05 65 31 13 42 Fax : 05 65 21 61 03
Je l'aiderai à monter le matin l'exposition de photos de Juliette Armagnac sur "Alice au pays des Merveilles".
Pour un décor en lien avec Alice, les tableaux de chats de Corinne Sergeant, les soldats-cartes et les 32 pièces de l'échiquier que j'ai réalisé
grâce à Sophie Delorme seront déjà en place avec les 64 carreaux prêtés par l'entreprise de carrelages de M.Poloni, "Grès à Grès" Séguinot 47600 Nérac T 05 53 97 34 50 gres.a.gres@wanadoo.fr.
De belles photos en perspective.
J'espère en revenant de vacances voir devant la bib, les rosiers rouges et blancs plantés par les services de jardinerie de la mairie prêts à fleurir.

Le travail de Tieri Briet, découvreur d'artistes pour des livres d'un nouveau genre est à souligner. Nous avons eu le plaisir de lire deux livres de sa Collection Chahu-bohu, de Maryvette Balcou et Christelle Aguilar, qui vous attendent à la bib.

Deux albums très forts qui ébranlent et touchent :
- une histoire d'enfant des rues, de partage, de sauvetage avec un autre enfant.
- et le récit d'une leçon d'amour de la vie entre un grand-père, son petits fils et sa fille, vous ferez ensuite attention aux escargots après la pluie.
Pour l'instant, ils sont entre les mains des enfants du collège qui préparent leurs venues pour le 20 Mai 2008.


Posté par Veronique le vendredi, mai 09, 2008 à vendredi, mai 09, 2008

« Où sont les enfants ? »

HDD.jpgLot. Une maison d'édition réalise un conte moderne et original au cœur de la campagne.

« Où sont les enfants? »

Où sont les enfants ? Une question pour une maison d'édition du Lot dirigée par Tieri Briet et Michèle Leydet. Celle-ci, à orientation jeunesse, était une association proposant aux enfants des ateliers d'écriture et de photo. « Où sont les enfants ? » prépare un 3e livre.


L'histoire a été imaginée par Maryvette Balcou, romancière de La Réunion et illustrée par Christelle Aguilar. C'est le making-of d'un court-métrage qui se tient donc près de Salviac. Le décor de bidonville a été créé avec un tel réalisme qu'un observateur extérieur peut oublier qu'il se trouve à la campagne. Ce décor de tôle et de toile est le cadre d'une rencontre entre deux enfants. L'un vit dans un appartement au-dessus du bidonville, et remarque que les enfants y dorment debout. Ils se lient d'amitié et chacun explique comment il dort. C'est un conte cruel, mais avec cette magie des regards d'enfants qui rendent merveilleux le monde qui nous entoure.

Où sont les enfants donc ? Partout. À voir les regards de Michèle Leydet et Tieri Briet, la voie de l'enfance anime aussi leur implication dans ce monde imaginaire.

Christine Gouttenoire

La Dépêche du midi, 20 juillet 2005

27.05.2008

Amour à gogo sur Agora Vox

Petite critique littéraire enfantine

 

La rentrée littéraire enfantine est magnifique. Les albums pour les enfants sont nombreux ; malgré certaines modes, les styles d’histoires et d’illustrations sont extrêmement variés. Il est intéressant de quitter les rayons les plus grand public pour explorer les créations originales des éditeurs, qu’ils soient indépendants ou aient pignon sur rue.

Cette rentrée voit sortir Amour à gogo, un nouvel album des Editions Où sont les enfants ?

Le concept de cette petite maison d’édition est d’illustrer des textes par des photographies.

Cela avait été déjà fait, au début des années 1980 : Bim, le petit âne, Crin Blanc. Ce choix met l’enfant face à un monde étrangement réel... On a l’impression brutale d’être éclaboussé par la fraîcheur de l’enfance quand on plonge dans ces livres.

Critique littéraire

L’histoire raconte la douleur d’un enfant qui voit sa maman se séparer de son compagnon ; et les joies offertes par les grands-parents qui font de leur mieux pour consoler leur petit-fils et leur fille. Un texte simple et direct, qui use de métaphores fines pour décrire la souffrance et le bonheur affectifs. Et pour expliquer les larmes qui montent tout d’un coup, en voyant deux pauvres escargots écrasés : « Personne n’aime voir ce qui s’est cassé en mille morceaux. »

 

Critique photographique

L’étrangeté des photos de Amour à gogo, c’est que leur cadrage leur donne deux centres : là où se passe l’action, et un autre centre, une feuille, un vide, un bourgeon, qui, comme une question, empêche de se faire une idée trop facile de l’image. Elles sont assez belles, sans être esthétisantes ; toujours vivantes. On sent parfois la retouche...

L’image la plus puissante, c’est celle du visage de la maman, qui s’épanouit enfin quand elle reçoit de la pluie et éclate de rire. Les visages sont vrais : l’enfant et les adultes n’ont manifestement pas été choisis pour correspondre à la mode, mais parce qu’ils étaient expressifs, et contenaient leur beauté propre, faite de vie et de choix intérieurs.

Critique typographique

Comme dans les autres livres de cet éditeur, les photos prennent toute la page, et le texte est « posé » sur la photo. Ne vaudrait-il pas mieux réduire les photos et laisser un encadré pour le texte ? La lecture en serait facilitée.

Critique éditoriale

Amour à gogo est le cinquième livre des Editions Où sont les enfants, dont le credo est : « Les enfants regardent le monde. Donnons-leur des livres qui ne baissent pas les yeux. » Les livres, effectivement, ne baissent pas les yeux : pas de guimauve ; pas de facilités pour contourner les questions des enfants.

Il paraît que le comité de lecture de Où sont les enfants ? est composé d’enfants.

Alors émergent des questions, face à cette démarche radicale.

Un enfant peut-il être un styliste, un éditeur ?

Les livres pour les enfants doivent-ils se tordre pour leur plaire ? Ne devraient-ils pas amener les enfants quelque part où ils n’auraient pas eux-mêmes l’idée d’aller ?

Un comité de lecture enfantin peut-il être réellement libre ?

La question est ouverte. Elle interroge, au-delà de la littérature enfantine, notre rapport à l’enfance, à la culture, à l’éducation, à la liberté.

Sur leur blog, les Editions Où sont les enfants ? expliquent qu’elles créent des livres intenses pour « pour indiquer [à l’enfant] qu’il y a encore des aventures à mener, des émerveillements à éprouver et des révoltes à vivre jusqu’au bout de l’enfance ». Mais au bout de quelle enfance ? Celle des enfants ? Où celle qu’on regrette, qu’on idéalise et qu’on réinvente ? Eternel paradoxe des adultes qui abordent le monde mystérieux, désormais inaccessible, de l’enfance.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour s’intéresser à leurs livres. Les livres pour enfants, en initiant à la lecture, au rêve, à la pensée, à la société, construisent la vision des adultes de demain. Il est étrange que nous les lisions si peu. Où sont les adultes ?

Webographie :

Blog des Editions Où sont les enfants ?

http://ousontlesenfants.hautetfort.com/

Sites spécialisés dans la littérature enfantine :

Ricochet Centre International d’Etudes en Littérature de Jeunesse

http://www.ricochet-jeunes.org/

Citrouille Site des libraire spécialisés jeunesse

http://lsj.hautetfort.com/

16.05.2008

Où sont les enfants ? à la librairie Comptines

339698139.jpg3 novembre 07 - Faire des livres avec des photos et des enfants - Rencontre avec les éditions Où sont les enfants?

Samedi 3 novembre 2007 à 16h
Comptines vous propose une rencontre inédite et insolite avec des artistes engagés dans un travail très original autour de cette question :

Comment fabrique-t-on un livre avec des photos et des enfants ?

• Juliette Armagnac, photographe-illustratice, nous présentera son travail en cours autour du texte d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll
• Tieri Briet, auteur et éditeur, nous parlera des éditions Où sont les enfants ? qu’il a créées et qu’il anime avec une passion communicative depuis 2005.

Ensemble, Juliette Armagnac et Tieri Briet, ont publié un très bel album : Prénom Camille, dont vous pouvez retrouver la critique sur notre site.
La rencontre se clôturera par un partage de bonbons et autres sucreries colorées !

Du 3 au 17 novembre, vous pourrez découvrir un avant-goût de l’album à venir, dans le cadre d’une EXPOSITION des photos de Juliette Armagnac à la librairie.1469033200.png

Juliette Armagnac a déjà publié :
Printemps pour un nouveau siècle, Maison de la Poésie, 1999
Cela s’appelle l’aurore, Maison de la Poésie, 2000
La Chaîne de David, Giorda, éd. Syros jeunesse, 2002
Un jour au collège, Bertrand Solet, éd. Syros jeunesse, 2001
Le Ranch de la pleine Lune, Jenny Oldfield, éd. Zulma, 2003/2004/2005
collection jeunesse de romans d’aventure
Encyclopes : l’architecture, éd. Milan, 2006
Prénom : Camille, Tieri Briet, éd. Où sont les enfants, 2007

Et publiera bientôt :
Les Hirondelles (titre provisoire), Claire Guiseppi, éd. Art Média (à paraître en 2007)
Alice aux pays des merveilles, Lewis Carroll, éd. Où sont les enfants ? (à paraître)
Enfin seul, Manu Causse, éd. Où sont les enfants ? (à paraître)

Tieri Briet est auteur, en plus d’être éditeur. Il a déjà publié :
Petite brouette de survie, éd. Où sont les enfants ?, 2005
Le Jardin de l’éditeur (ouvrage collectif), éd. L’amourier, 2006
Primitifs en position d’entraver, éd. L’amourier, 2007

12.05.2008

Griffon - Juin 2008

ATI
TIGUIDA ET LA POTION MAGIQUE
ÉDITIONS OÙ SONT LES ENFANTS ?
Les éditions Où sont les enfants ? sont spécialisées dans les albums dont les illustrations sont des photographies. Ici Ati signe les illustrations et les dialogues. Quatre enfants se retrouvent dans la cabane de Tiguida, au milieu de la campagne. Parmi eux, la “propriétaire” des lieux, Tiguida, un frère et une sœur, Antonius et Fleur qui ne sont pas heureux de se retrouver car ils se détestent et tous deux ont fui leur famille et enfin Christiano qui a été oublié par son bus sur une aire de repos et veut absolument participer à la finale de foot : il est un des membres importants de l’équipe ! À l’aide d’un vieux grimoire, ils vont préparer une potion magique qui va leur permettre de faire voler une caravane, permettre à Christiano d’arriver à temps pour la compétition tandis que de retour à la cabane Antonius et Fleur diront au revoir à Tiguida et repartiront réconciliés. Une belle histoire agrémentée de magnifiques photos en couleurs. Gageons que les “acteurs” ont passé en faisant les photos, un excellent moment, comme nous avons apprécié leur prestation. Une nouvelle forme d’album à mi chemin entre la BD et les romans-photos.
32 pages, format à l’italienne 266 x 195, couverture souple, 9,80 euros.

Chez le même éditeur Prénom Camille de Tieri Briet et Juliette Armagnac qui nous raconte la rencontre d’une petite fille qui s’appelle Camille et d’un petit garçon qui porte le même nom.

Tieri Briet et Alejandro Martinez ont aussi signé Petite brouette de survie. Un petit garçon découvre dans son frigo Oscar, un poisson qui lui demande de le ramener à la mer. Mais dans le village, il n’y a pas la mer !

RENÉ BOYER