23.06.2008

Déclinaisons du silence

L’enfant silence
de Cécile Roumiguière et Benjamin Lacombe

Seuil jeunesse, 2008

Litli Soliquiétude
de Catherine Leblanc et Séverine Thevenet

Editions Où sont les enfants ? 2008

 

 

 

 

Déclinaisons du silence

Une enfant choisit de se taire afin de protéger ceux dont elle craint d’être séparée : ses géniteurs, parfois doux, souvent féroces, qu’elle associe à des loups et qu’elle retrouve le soir après l’école dans une tanière tantôt chaleureuse, tantôt hostile. Un silence choisi, à défaut de pouvoir trouver d’autres armes. Un silence refuge assumé et entêté, pour ne pas avoir à trahir ceux qui la maltraitent et la privent en partie d’enfance. Un silence prison (tel qu’il s’incarne dans la cage qui revient dans certaines illustrations) qui, paradoxalement, attire l’attention sur la fillette et sur ce qu’elle tait, et qui inquiète la maîtresse - « alors le matin, parfois, on l’assoit devant une dame qui sent bon la banane et le pain grillé. » Mais là encore, elle ne sait que dire, ni comment. Le mutisme de la petite fille (qui, sous les pinceaux de Benjamin Lacombe, apparaît le visage grave, tandis que ses grands yeux tristes et fatigués « boivent le monde ») est mis en mots avec simplicité par Cécile Roumiguière, une simplicité qui n’exclut pas la poésie et la complexité des émotions qui traversent ce récit poignant. Les illustrations, d’une grande finesse, s’accordent aux mots sans les singer, les interprétant et les complétant avec originalité, enrichissant le texte touffu - malgré son apparente limpidité.

Car cet album raconte un dilemme difficile à résoudre, même vu de l’extérieur, une histoire de résilience et d’étouffement, d’une souffrance qui demeurerait invisible si l’on n’acceptait pas de s’y pencher. Le mérite de l'ouvrage est de proposer un regard suffisamment détaché - qui n’empêche par l’empathie - sur le parcours de l’enfant, permettant ainsi d’en saisir toutes les facettes : il y a certes une victime, identifiable, mais ses bourreaux ne sont pas rejetés en bloc et l’on comprend, à travers quelques phrases seulement, que ces derniers ne sont pas les monstres qu’on pourrait penser. Et si l’enfant n’a que son silence à offrir au départ, c’est pour dire aussi combien elle a peur pour eux.

Le silence de Litli, petite marionnette qui explore le monde en solitaire, à sa manière, est d’une tout autre nature - un silence paisible en apparence, même si Litli (son nom signifie « petit » en islandais) se réveille d’abord dans un univers terne et gris, en noir et blanc. Elle se lève malgré tout et part à la recherche d’autre chose, d’un ailleurs en couleurs. Un voyage initiatique parsemé de dangers, de fissures, voire de gouffres, que la petite parvient cependant à franchir, comme si une petite voix intérieure la soutenait régulièrement dans sa quête.

Car l’histoire de Litli est d’abord silencieuse, une succession de photographies lumineuses de Séverine Thevenet, que la marionnette Litli a accompagnée jusqu’en Islande. Les mots économes de Catherine Leblanc, qui apparaissent de temps à autre en surbrillance sur quelques-unes des pages - des mots qui guident et incitent le petit personnage à aller de l’avant, à ouvrir les yeux sur le monde - sont venus se superposer plus tard, non pas pour troubler le silence d’un récit en images qui aurait presque pu se suffire à lui-même, mais pour lui donner une résonance nouvelle.

« Seuls les mots de Catherine Leblanc ont su faire leur place : ils ouvraient de nouvelles portes dans mes images et dans l’histoire », explique celle qui se dit « mariographe », refusant de choisir entre la photographie et les marionnettes, deux passions qu’elle est parvenue à conjuguer dans ce beau livre. Des mots qui se font leur place mais savent aussi se taire quand il le faut. La « soliquiétude », sous-titre de l’album ? Un néologisme qui sonne juste, un terme qui combine solitude et quiétude, « la tranquillité douce de celui qui marche et fait naître le monde en chemin. » Le mutisme pour mieux dire les choses, un texte réduit au minimum afin de laisser parler le silence et de ne pas empiéter sur le territoire des photographies qui se succèdent.

Dans chacun de ces deux albums dont la démarche esthétique est fort différente l'une de l'autre, les parcours respectifs de l’enfant et de Litli ne sont pas similaires au prime abord, mais le silence (apaisant ou étouffant) et la place des mots (libérateurs ou alliés) sont au cœur de chacun d’eux, en lien avec une renaissance au monde et à la vie (« Viens au monde », disent les mots à Litli, qui redécouvre enfin les couleurs). Une vie devenue grise et sans éclats pour la marionnette, une vie qui n’en était plus une pour l’enfant silence, qui se contentait de murmurer quelques lettres, à l’image des petits pas indécis de Litli au tout début de son aventure. Des albums qui disent l’indicible avec délicatesse, et qui rappellent que tous nous tendons peut-être, en fin de compte, à la quiétude.

B. Longre
(juin 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

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Les histoires sans fin

8db3badd707ea8a1f1d654405785ea11.jpgLitli est une marionnette qui nous emmène en Islande. Nous suivons donc ce petit bonhomme dans les paysages volcaniques, sur les bords de l'eau, dans la ville... On contemple avec lui, on s'émerveille avec lui.
 
Grâce à la beauté des photographies de Séverine Thevenet, au  texte minimaliste de Catherine Leblanc, on peut apprécier pleinement ce livre, on pourrait presque recréer un autre imaginaire, une autre histoire avec Litli. Finalement la "soliquiétude", terme inventé ici, caractérise tout à fait l'état dans lequel on est après avoir ouvert ce livre: une quiétude bien agréable...


Titre : Litli, soliquiétude
Auteur : Catherine Leblanc
Photographies : Séverine Thevenet
Éditeur : Où sont les enfants ?
ISBN : 9782915970159

L'article sur le site "Les histoires sans fin" 

 

06.06.2008

Lecture d'Ariane Tapinos pour la librairie Comptines et la revue Citrouille

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Mademoiselle Zazie et les femmes nues

Thierry LENAIN & Magali SCHMITZLER
Éd. Où sont les enfants, coll. Chahu-bohu, 4e trimestre 2006
12,30 €

On s’est toutes (et certains ?) émues devant ces corps de femmes livrés aux regards des chalands, pour vendre lingerie et parfums, mais aussi voitures ou services divers. Nos regards d’adultes ont été attirés, choqués, amusés, énervés...Censurant le censeur qui est en nous, on s’est interdit de penser à ce que les enfants en pensent de ces corps exposés, dévoilés, de ces images de l’intime placardées sur les murs de nos villes. Et pourtant... Pourtant quand Thierry Lenain a écrit cette nouvelle aventure de Mademoiselle Zazie, l’évidence était là, aussi visible que des seins sur des affiches format abribus : cette nudité-là interroge les enfants. Et Mademoiselle Zazie, qui n’est pas en retard d’une question, se demande à quoi peut bien servir toute cette chair étalée. Mais il lui suffit de voir Max, son amoureux, bécoter les nénés d’une des belles de papier, pour décider que les respecter c’est les rhabiller. La voilà donc qui, aidée de quelques copines et bientôt rejointe par Max et ses amis, colle des vêtements de papier sur ces poupées grandeur nature.
Max et Zazie se réconcilient et on se prend à rêver de les imiter...

« Un livre engagé... et espiègle ! » dit la quatrième de couverture, et c’est bien les deux qualificatifs qui viennent à l’esprit à la lecture de ce drôle d’album, qui aborde avec humour et sensibilité un sujet plus brûlant qu’il n’y paraît. Et tellementbrûlant que Thierry Lenain a longtemps désespéré de trouver un éditeur pour cette troisième aventure de Mademoiselle Zazie. Ce sont finalement les éditions Où sont les enfants ? qui lui ont proposé de mettre en images (et en photos, puisque c’est la caractéristique de leur travail) son texte. Et c’est là une autre originalité de l’album. On s’était habitué à la Zazie à la bouille toute ronde de Delphine Durand, pourtant cette Zazie captée par l’objectif de Magali Schmitzler est crédible et ce choix de la photo, tout aussi évident que celui du sujet. Sorte de mise en abîme (les photos des « femmes nues » sont d’ailleurs visibles, comme elles le sont pour les enfants du livre), cette forme « d’illustration » est plus qu’un choix d’esthétique, c’est un choix de sens.

par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : samedi 12 mai 2007.

Sitartmag

Prénom Camille
de Tieri Briet et Juliette Armagnac

Editions Où sont les enfants ? 2007

 

 

 


Un simple prénom… ?

Un prénom est-il un mot comme les autres ? Non, bien sûr, et cet ouvrage entend le démontrer en déclinant toutes les significations visibles ou secrètes, fugaces ou indélébiles, qu’un simple prénom (celui de Camille, qui représente avant tout une petite fille) est capable de renfermer… Car un prénom n’est pas qu’un assemblage arbitraire de signes ou de sonorités et contient tout ce qu’un être peut incarner, pour lui-même ou aux yeux d’autrui. D’abord fœtus dans le ventre maternel (« c’est ce prénom qui résonnait autour du ventre de sa maman »), puis petite fille, Camille joue avec ses amis, explore le monde environnant (la nature, de préférence ), puis découvre les lettres de son prénom et prend conscience que les autres (sa grand-mère, sa maîtresse ou ses amis), même s'ils l'appellent par son prénom, ont une façon différente de l'appeler… et qu’il faut parfois apprendre à le partager (avec un petit garçon qui lui aussi s’appelle Camille), tout en se l’appropriant afin de pouvoir s’y identifier pleinement…

Le texte, volontairement très simple d’accès, parle d’emblée aux enfants, mais aussi à chacun de nous (puisque nous avons tous été nommé à la naissance), et vogue sur les photographies floutées de Juliette Armagnac qui intègrent le prénom de Camille de manière éphémère ou plus durable – prénom brodé, gravé dans le bois, crayonné sur un mur, écrit en gouttes d’eau, tracé dans la buée, composé de perles, ou bien néon de lumière...

Mais derrière la limpidité de l’album, se dessinent des questions qui creusent la notion d’identité (même si le prénom n’est que le support de cette identité) et bien sûr, l’envie de grandir, le désir de continuer d’explorer le monde environnant, de s’approprier l’espace et de marquer son territoire (en y inscrivant son prénom, par exemple, comme sur la photo où apparaissent deux pieds fermement rivés sur le sol moussu de la forêt), de laisser une trace et de se différencier des autres, d'apprendre à apprivoiser son prénom, à l'aimer et à s'aimer à travers lui. Ici, la photographie ne se contente pas de reproduire le réel, mais nous le livre de manière parcellaire, pour en donner une vision neuve qui oblige à regarder le monde autrement – avec les yeux d’une petite fille aventurière...

Blandine Longre
(juillet 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://ousontlesenfants.hautetfort.com

Editions Où sont les enfants ?
Derrière la rue
46240 Vaillac
osle@wanadoo.fr

Citrouille, mai 2007

9782915970074.jpgPrénom Camille

29.05.07

  • Tieri Briet
  • Illustrations Juliette Armagnac
  • Chahu-Bohu, Où sont les enfants ? - 12,30 €

Il y a peut-être deux sortes d’albums. Ceux que l’on lit en diagonale, c’est-à-dire pas même une fois, et ceux que l’on relit. Plusieurs fois. Qui ne vous donnent pas tout, tout de suite. Ceux dont les lectures successives nous font avancer comme sur un chemin, à tâtons. Ceux que l’on a envie de montrer aux personnes que l’on aime pour savoir ce qu’elles y lisent, et puisent. Ceux que deux personnes ne liront jamais de la même manière, ou que même une seule personne lira plusieurs fois différemment.

Prénom Camille est de ceux-ci. A la première lecture, on prend la poésie, la musique du texte, on prend l’enfance, offerte. Et dans les lectures, nombreuses, qui suivent, on cherche. D’où vient l’émotion, et le nom des choses que le texte remue en nous. Camille est un enfant, un futur aviateur, un explorateur. Ce prénom répété presque à chaque page, c’est l’enfant qui grandit à l’intérieur du prénom qu’il porte. L’enfant qui cherche qui il est, et qui va le trouver, mais dans l’autre. Dans l’autre Camille, l’enfant du reflet, du miroir, l’enfant en écho. Parce qu’au début de chaque histoire, au commencement de chaque vie, il y a ce quelqu’un d’autre que l’on nomme et qui nous fait nous. Le début de l’identité, c’est chaque lettre d’un prénom additionnée.

Et dans les photos de Juliette Armagnac, on fouille aussi comme derrière les mots. On cherche la clé de ce qui n’est pas donné d’emblée.

Les livres qui comptent, dans une vie, on les reconnaît. Ce sont ceux dans lesquels on veut s’arrêter, comme devant un miroir, et chercher.

Madeline Roth, L’Eau Vive

A

Editions "Où sont les enfants ?" à la bibliothèque de Lavardac

Qui pourrait mieux se présenter qu'eux mêmes !

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Je suis enchantée de recevoir et d'accueillir Tieri Briet: éditeur du Lot qui a bien voulu venir dans notre bibliothèque rurale.
Derrière la rue 46240 Vaillac
Tél :05 65 31 13 42 Fax : 05 65 21 61 03
Je l'aiderai à monter le matin l'exposition de photos de Juliette Armagnac sur "Alice au pays des Merveilles".
Pour un décor en lien avec Alice, les tableaux de chats de Corinne Sergeant, les soldats-cartes et les 32 pièces de l'échiquier que j'ai réalisé
grâce à Sophie Delorme seront déjà en place avec les 64 carreaux prêtés par l'entreprise de carrelages de M.Poloni, "Grès à Grès" Séguinot 47600 Nérac T 05 53 97 34 50 gres.a.gres@wanadoo.fr.
De belles photos en perspective.
J'espère en revenant de vacances voir devant la bib, les rosiers rouges et blancs plantés par les services de jardinerie de la mairie prêts à fleurir.

Le travail de Tieri Briet, découvreur d'artistes pour des livres d'un nouveau genre est à souligner. Nous avons eu le plaisir de lire deux livres de sa Collection Chahu-bohu, de Maryvette Balcou et Christelle Aguilar, qui vous attendent à la bib.

Deux albums très forts qui ébranlent et touchent :
- une histoire d'enfant des rues, de partage, de sauvetage avec un autre enfant.
- et le récit d'une leçon d'amour de la vie entre un grand-père, son petits fils et sa fille, vous ferez ensuite attention aux escargots après la pluie.
Pour l'instant, ils sont entre les mains des enfants du collège qui préparent leurs venues pour le 20 Mai 2008.


Posté par Veronique le vendredi, mai 09, 2008 à vendredi, mai 09, 2008

« Où sont les enfants ? »

HDD.jpgLot. Une maison d'édition réalise un conte moderne et original au cœur de la campagne.

« Où sont les enfants? »

Où sont les enfants ? Une question pour une maison d'édition du Lot dirigée par Tieri Briet et Michèle Leydet. Celle-ci, à orientation jeunesse, était une association proposant aux enfants des ateliers d'écriture et de photo. « Où sont les enfants ? » prépare un 3e livre.


L'histoire a été imaginée par Maryvette Balcou, romancière de La Réunion et illustrée par Christelle Aguilar. C'est le making-of d'un court-métrage qui se tient donc près de Salviac. Le décor de bidonville a été créé avec un tel réalisme qu'un observateur extérieur peut oublier qu'il se trouve à la campagne. Ce décor de tôle et de toile est le cadre d'une rencontre entre deux enfants. L'un vit dans un appartement au-dessus du bidonville, et remarque que les enfants y dorment debout. Ils se lient d'amitié et chacun explique comment il dort. C'est un conte cruel, mais avec cette magie des regards d'enfants qui rendent merveilleux le monde qui nous entoure.

Où sont les enfants donc ? Partout. À voir les regards de Michèle Leydet et Tieri Briet, la voie de l'enfance anime aussi leur implication dans ce monde imaginaire.

Christine Gouttenoire

La Dépêche du midi, 20 juillet 2005

12.05.2008

Griffon - Juin 2008

ATI
TIGUIDA ET LA POTION MAGIQUE
ÉDITIONS OÙ SONT LES ENFANTS ?
Les éditions Où sont les enfants ? sont spécialisées dans les albums dont les illustrations sont des photographies. Ici Ati signe les illustrations et les dialogues. Quatre enfants se retrouvent dans la cabane de Tiguida, au milieu de la campagne. Parmi eux, la “propriétaire” des lieux, Tiguida, un frère et une sœur, Antonius et Fleur qui ne sont pas heureux de se retrouver car ils se détestent et tous deux ont fui leur famille et enfin Christiano qui a été oublié par son bus sur une aire de repos et veut absolument participer à la finale de foot : il est un des membres importants de l’équipe ! À l’aide d’un vieux grimoire, ils vont préparer une potion magique qui va leur permettre de faire voler une caravane, permettre à Christiano d’arriver à temps pour la compétition tandis que de retour à la cabane Antonius et Fleur diront au revoir à Tiguida et repartiront réconciliés. Une belle histoire agrémentée de magnifiques photos en couleurs. Gageons que les “acteurs” ont passé en faisant les photos, un excellent moment, comme nous avons apprécié leur prestation. Une nouvelle forme d’album à mi chemin entre la BD et les romans-photos.
32 pages, format à l’italienne 266 x 195, couverture souple, 9,80 euros.

Chez le même éditeur Prénom Camille de Tieri Briet et Juliette Armagnac qui nous raconte la rencontre d’une petite fille qui s’appelle Camille et d’un petit garçon qui porte le même nom.

Tieri Briet et Alejandro Martinez ont aussi signé Petite brouette de survie. Un petit garçon découvre dans son frigo Oscar, un poisson qui lui demande de le ramener à la mer. Mais dans le village, il n’y a pas la mer !

RENÉ BOYER

 

Griffon - Juin 2008

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LITLI : SOLIQUIÉTUDE
ÉDITIONS OÙ SONT LES ENFANTS ?
Collection En chemin

Séverine Thevenet a deux passions : les marionnettes et la photographie. Elle trouva la marionnette dans un vide grenier à Lyon et découvrit lors d’un séjour les magnifiques paysages d’Islande. Il ne restait plus qu’à bâtir l’album. Elle habilla la marionnette, prit des photos, en noir et blanc à Lyon et à Paris puis, au cours d’un deuxième voyage en Islande elle mit en scène sa marionnette dans les magnifiques paysage désertiques, au milieu de nulle part : solitude et quiétude = soliquiétude. Elle utilisa cette fois la couleur. Il ne manquait plus que les quelques phrases de Catherine Leblanc pour donner tout le caractère poétique à l’aventure : Y a-t-il de l’air entre les pavés ? Si tu regardes longtemps, même une pierre finit par s’ouvrir… Il ne manquait plus que l’écrin et là, ce sont les éditions Où sont les enfants qui ont su le créer : une couverture de carton presque brut avec, incrusté dans la couverture une photographie de Litli et un dos toilé, le tout enserrant un livre d’une fabrication particulièrement soignée. Les amateurs de beaux livres apprécieront.
48 pages, dont une double, format carré 235 mm, 24 euros, ce qui est un prix raisonnable pour un tel livre.
Soliquiétude, c’est aussi une exposition d’une quinzaine de photos tirage grand format.

JEAN BIGOT


09.05.2008

L'œil de l'objectif - Citrouille, mars 2007

Citrouille N°46 - mars 2007

A l’origine de cet article, il y a ce constat : la photo n’est pas, ou à peine, présente en littérature jeunesse. Et dans ce dossier, on ne pouvait pas laisser ce constat tel quel, sans le questionner.

Par Madeline Roth, librairie L'Eau Vive.

L'oeil de l'objectif

En cherchant bien, des livres de photo, on en trouve. Sauf que le plus souvent, la photo est utilisée dans des imagiers, pour représenter. Elle ne sert pas un récit. Laurence Perrigault, dans son article consacré au Petit Lion, remarque que « lorsqu’en 1947, Jacques Prévert et la photographe Ylla décident de réaliser ensemble Le Petit Lion, les livres de photographies destinés à la jeunesse restent une curiosité. La reconnaissance de la photographie comme un des beaux-arts devait par la suite favoriser les relations entre écrivains et photographes, sans toutefois faire totalement disparaître l’idée d’une image pauvre, la photographie continuant d’être assimilée à un document plutôt qu’à une œuvre d’art. Les images photographiques ont souffert de leur prétendue véracité, les dispositifs de production dont elles sont issues ayant souvent été occultés au profit de l’idée qu’elles seraient une émanation de la réalité, par nature peu propices à stimuler l’imaginaire des enfants. »*

Hormis quelques titres (dont Coeur de Pic, écrit par Lise Deharme avec des photographies de Claude Cahun, édité chez José Corti en 1937 et réédité chez MeMo en 2004), la photo n’arrive vraiment en jeunesse qu’avec des livres comme Bim le petit âne (Albert Lamorisse, Jacques Prévert, édité la première fois chez Hachette en 1952). Et jusqu’aux années 1990, elle est quasiment absente des fictions pour enfants, excepté dans la collection Monsieur chat de Grasset, où sera publié en 1983 le fameux album de Sarah Moon, Le petit chaperon rouge. La photo a donc ensuite investi les imagiers, ou les collections documentaires.

Peu à peu les albums de Tana Hoban sont édités par Kaléidoscope. Tout un monde, d'Antonin Louchard et Katy Couprie, mélange différentes techniques d'illustration dont la photographie. Rue du Monde a édité deux très beaux albums de photos, dont un abécédaire, avec le collectif de photographes Tendance Floue. Tourbillon a lancé il y a quelques années une collection d’imagiers qui puise dans les photos de l’agence Magnum; les 400 coups ont publié J’étais si timide que j’ai mordu la maîtresse. Plus récemment, on peut citer des ouvrages comme Photo, les contraires (Noël Bourcier, Seuil Jeunesse), ou Ouvre les yeux (Claire Dé, Panama). Passage Piétons a également commencé son aventure éditoriale avec quelques imagiers photos, construits comme des histoires. L’aventure se poursuit aujourd’hui avec la rédaction de la revue Utile. Christian Bruel, au temps du Sourire qui Mord, avait tenté l’aventure du photo-roman avec La mémoire des scorpions (1991) et Petites musiques de la nuit (1992). Lorsqu'on l'interroge sur la réception de ces albums à l'époque, il explique d'où est sans doute venue « la tentation d'intervenir sur les photos avec des éléments peints ou dessinés et/ou colorisés de façon non "naturelle", pour introduire du doute et en quelque sorte réinjecter du fictionnel dans ce type de visuel. » Selon lui : « dans toute photo, quel que soit son traitement ultérieur, du réel a été saisi par l'objectif. Alors qu'un dessin, une peinture, ne garantissent ni ne présupposent l'existence d'un référent dans la réalité. D'où une certaine difficulté à proposer un objet fictionnel accompagné d'un vecteur visuel qui rend compte, peu ou prou, d'une réalité antérieure. Ce que Barthes nommait, je crois, l’"être là" pour le dessin et l’"avoir été là" pour la photo. ». Il ajoute : « je pense que, dans le champ du livre jeunesse, d'une manière presque réflexe, la photographie est associée au documentaire plus qu'à la fiction. Cette rareté relative tient aussi aux informations "fortuites" supposées figurer sur une photographie quand l'artiste qui produit une image graphique choisit le moindre détail représenté, d'où les jeux de citations, allusions, informations cryptées, bref toute l'inter-iconicité dont nous régalent certains artistes, plus délicate à mettre en oeuvre dans une photographie vierge d'interventions ultérieures. Enfin, en des temps volontiers procéduriers, j'imagine que les éditeurs se gardent des problèmes de droits liés aux sites et aux personnes représentés (comédiens, nécessité d'obtenir l'accord du moindre passant, édifices à la reproduction onéreuse, paysages dont certains s'estiment propriétaires…) ».

Les éditions “Où Sont les Enfants ?” ont cependant décidé de se lancer dans l'aventure de la fiction par et avec la photographie, pour «inventer des livres imaginés autrement, des livres dont l'imagerie ne renierait pas cette intensité qu'un enfant croise partout ailleurs, dans une vie quotidienne déjà peuplée de trop d'images, pour lui indiquer qu'il y a encore des aventures à mener, des émerveillements à éprouver et des révoltes à vivre jusqu'au bout de l'enfance.». Tieri Briet, l'un des fondateurs de cette maison explique : «l’une des raisons de la quasi absence de la photo dans l'album jeunesse est sans doute ce préjugé d’éditeurs qui voudrait que la photo ne soit pas pour les enfants. Et ce préjugé est un aveuglement, une espèce d’idiotie partagée par beaucoup de gens. C’est une idée reçue battue en brèche par les usages. On participe régulièrement au projet "Des clics et des classes", qui a pour objectif de faire entrer la photo dans la culture scolaire, notamment en programmant des rencontres avec des photographes plasticiens ou en travaillant avec eux sur les photos de classe. Aujourd’hui les enfants sont photographes, ils ont une intelligence de l’oeil parce qu’ils pratiquent la photo numérique, par exemple, parce qu’ils ont des albums de famille. La presse jeunesse utilise beaucoup la photo. Françoise Dolto avait attaqué très fort, dans les années 80, l’album de Sarah Moon, Le petit chaperon rouge. Je crois que beaucoup de personnes ont perpétué cette idée que la photo noir et blanc n’était pas pour les enfants. On a cherché dans les archives de l’Ina, on a réécouté l’émission. En réalité Françoise Dolto attaque juste un travail qu’elle juge dangereux, vis-à-vis de ce que Sarah Moon veut dire sur l’inceste et la gestapo. Dans d’autres émissions, elle parlera en bien, et notamment à propos du travail de Tana Hoban. »

En plus du préjugé qui voudrait que la photo ne soit pas pour les enfants, il semblerait qu’il y ait aussi celui qui voudrait que la photo ne véhicule pas d’imaginaire, du moins pas autant que le dessin. Tieri Briet explique : « C’est la même forme de bêtise que de dire que seul le cinéma d’animation va toucher l’imagination des enfants et résonner dans leur imaginaire. Et des films comme Le cheval venu de la mer, ou Mondo et autres histoires ? Les enfants comprennent qu’on est dans un monde de fiction. Ce serait leur dire que le décor de la rue ne peut pas être le décor d’un conte. Or la réalité de leur espace social peut générer le récit d’un conte. Il faut montrer aux enfants que dans le monde dans lequel ils habitent il y a des histoires à inventer, à traverser. L’imaginaire permet tout le temps de bifurquer vers autre chose que le quotidien. La confusion à la base de toutes les incompréhensions vient du fait que le corps photographié est un corps réel donc qui n’est pas un personnage de fiction. Le travail qu’on mène suscite des oppositions récurrentes qui sont basées souvent sur une forme d’aveuglement. La photo n’est pas la réalité. C’est une idée pauvre de la photo. Est-ce qu’on est dans du documentaire ou dans de la fiction, dans la mise en scène d’une histoire ? Sarah Moon est dans la mise en scène. Dominique Darbois écrivait les histoires avant de partir en reportage. On n’est pas dans le documentaire. Mais dans l’invention d’un récit de vie. Elle jouait sur cette ambiguïté, en scénarisant ses histoires. »

« Des livres qui ne baissent pas les yeux », c’est la phrase au cœur du projet éditorial d’”Où Sont les Enfants ?” Serait-ce la photo qui permet cela ? C'est ce que laisse en tout cas penser Tieri Briet : « On veut faire des livres qui vont regarder vraiment ce que peuvent vivre les enfants aujourd’hui et le raconter aux intéressés. C’est l’idée que les regards d’enfants attrapent des choses que souvent les adultes ne voient plus. Les photographes savent faire ça : donner à voir des choses qui sont autour de nous tous les jours et qu’on ne voit plus. L’oeil de l'enfant, c’est un oeil vierge, capable de remarquer ce que l’habitude empêche de voir. C’est ce regard perçant qu’ont en commun les enfants et les photographes. Un enfant interroge ce qu’il voit alors que l’adulte interroge la réalité. Avec un regard usé. »

Propos recueillis par Madeline Roth,

Librairie L'Eau Vive.