06.06.2008

Lecture d'Ariane Tapinos pour la librairie Comptines et la revue Citrouille

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Mademoiselle Zazie et les femmes nues

Thierry LENAIN & Magali SCHMITZLER
Éd. Où sont les enfants, coll. Chahu-bohu, 4e trimestre 2006
12,30 €

On s’est toutes (et certains ?) émues devant ces corps de femmes livrés aux regards des chalands, pour vendre lingerie et parfums, mais aussi voitures ou services divers. Nos regards d’adultes ont été attirés, choqués, amusés, énervés...Censurant le censeur qui est en nous, on s’est interdit de penser à ce que les enfants en pensent de ces corps exposés, dévoilés, de ces images de l’intime placardées sur les murs de nos villes. Et pourtant... Pourtant quand Thierry Lenain a écrit cette nouvelle aventure de Mademoiselle Zazie, l’évidence était là, aussi visible que des seins sur des affiches format abribus : cette nudité-là interroge les enfants. Et Mademoiselle Zazie, qui n’est pas en retard d’une question, se demande à quoi peut bien servir toute cette chair étalée. Mais il lui suffit de voir Max, son amoureux, bécoter les nénés d’une des belles de papier, pour décider que les respecter c’est les rhabiller. La voilà donc qui, aidée de quelques copines et bientôt rejointe par Max et ses amis, colle des vêtements de papier sur ces poupées grandeur nature.
Max et Zazie se réconcilient et on se prend à rêver de les imiter...

« Un livre engagé... et espiègle ! » dit la quatrième de couverture, et c’est bien les deux qualificatifs qui viennent à l’esprit à la lecture de ce drôle d’album, qui aborde avec humour et sensibilité un sujet plus brûlant qu’il n’y paraît. Et tellementbrûlant que Thierry Lenain a longtemps désespéré de trouver un éditeur pour cette troisième aventure de Mademoiselle Zazie. Ce sont finalement les éditions Où sont les enfants ? qui lui ont proposé de mettre en images (et en photos, puisque c’est la caractéristique de leur travail) son texte. Et c’est là une autre originalité de l’album. On s’était habitué à la Zazie à la bouille toute ronde de Delphine Durand, pourtant cette Zazie captée par l’objectif de Magali Schmitzler est crédible et ce choix de la photo, tout aussi évident que celui du sujet. Sorte de mise en abîme (les photos des « femmes nues » sont d’ailleurs visibles, comme elles le sont pour les enfants du livre), cette forme « d’illustration » est plus qu’un choix d’esthétique, c’est un choix de sens.

par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : samedi 12 mai 2007.

Sitartmag

Prénom Camille
de Tieri Briet et Juliette Armagnac

Editions Où sont les enfants ? 2007

 

 

 


Un simple prénom… ?

Un prénom est-il un mot comme les autres ? Non, bien sûr, et cet ouvrage entend le démontrer en déclinant toutes les significations visibles ou secrètes, fugaces ou indélébiles, qu’un simple prénom (celui de Camille, qui représente avant tout une petite fille) est capable de renfermer… Car un prénom n’est pas qu’un assemblage arbitraire de signes ou de sonorités et contient tout ce qu’un être peut incarner, pour lui-même ou aux yeux d’autrui. D’abord fœtus dans le ventre maternel (« c’est ce prénom qui résonnait autour du ventre de sa maman »), puis petite fille, Camille joue avec ses amis, explore le monde environnant (la nature, de préférence ), puis découvre les lettres de son prénom et prend conscience que les autres (sa grand-mère, sa maîtresse ou ses amis), même s'ils l'appellent par son prénom, ont une façon différente de l'appeler… et qu’il faut parfois apprendre à le partager (avec un petit garçon qui lui aussi s’appelle Camille), tout en se l’appropriant afin de pouvoir s’y identifier pleinement…

Le texte, volontairement très simple d’accès, parle d’emblée aux enfants, mais aussi à chacun de nous (puisque nous avons tous été nommé à la naissance), et vogue sur les photographies floutées de Juliette Armagnac qui intègrent le prénom de Camille de manière éphémère ou plus durable – prénom brodé, gravé dans le bois, crayonné sur un mur, écrit en gouttes d’eau, tracé dans la buée, composé de perles, ou bien néon de lumière...

Mais derrière la limpidité de l’album, se dessinent des questions qui creusent la notion d’identité (même si le prénom n’est que le support de cette identité) et bien sûr, l’envie de grandir, le désir de continuer d’explorer le monde environnant, de s’approprier l’espace et de marquer son territoire (en y inscrivant son prénom, par exemple, comme sur la photo où apparaissent deux pieds fermement rivés sur le sol moussu de la forêt), de laisser une trace et de se différencier des autres, d'apprendre à apprivoiser son prénom, à l'aimer et à s'aimer à travers lui. Ici, la photographie ne se contente pas de reproduire le réel, mais nous le livre de manière parcellaire, pour en donner une vision neuve qui oblige à regarder le monde autrement – avec les yeux d’une petite fille aventurière...

Blandine Longre
(juillet 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://ousontlesenfants.hautetfort.com

Editions Où sont les enfants ?
Derrière la rue
46240 Vaillac
osle@wanadoo.fr

Citrouille, mai 2007

9782915970074.jpgPrénom Camille

29.05.07

  • Tieri Briet
  • Illustrations Juliette Armagnac
  • Chahu-Bohu, Où sont les enfants ? - 12,30 €

Il y a peut-être deux sortes d’albums. Ceux que l’on lit en diagonale, c’est-à-dire pas même une fois, et ceux que l’on relit. Plusieurs fois. Qui ne vous donnent pas tout, tout de suite. Ceux dont les lectures successives nous font avancer comme sur un chemin, à tâtons. Ceux que l’on a envie de montrer aux personnes que l’on aime pour savoir ce qu’elles y lisent, et puisent. Ceux que deux personnes ne liront jamais de la même manière, ou que même une seule personne lira plusieurs fois différemment.

Prénom Camille est de ceux-ci. A la première lecture, on prend la poésie, la musique du texte, on prend l’enfance, offerte. Et dans les lectures, nombreuses, qui suivent, on cherche. D’où vient l’émotion, et le nom des choses que le texte remue en nous. Camille est un enfant, un futur aviateur, un explorateur. Ce prénom répété presque à chaque page, c’est l’enfant qui grandit à l’intérieur du prénom qu’il porte. L’enfant qui cherche qui il est, et qui va le trouver, mais dans l’autre. Dans l’autre Camille, l’enfant du reflet, du miroir, l’enfant en écho. Parce qu’au début de chaque histoire, au commencement de chaque vie, il y a ce quelqu’un d’autre que l’on nomme et qui nous fait nous. Le début de l’identité, c’est chaque lettre d’un prénom additionnée.

Et dans les photos de Juliette Armagnac, on fouille aussi comme derrière les mots. On cherche la clé de ce qui n’est pas donné d’emblée.

Les livres qui comptent, dans une vie, on les reconnaît. Ce sont ceux dans lesquels on veut s’arrêter, comme devant un miroir, et chercher.

Madeline Roth, L’Eau Vive

A

Editions "Où sont les enfants ?" à la bibliothèque de Lavardac

Qui pourrait mieux se présenter qu'eux mêmes !

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Je suis enchantée de recevoir et d'accueillir Tieri Briet: éditeur du Lot qui a bien voulu venir dans notre bibliothèque rurale.
Derrière la rue 46240 Vaillac
Tél :05 65 31 13 42 Fax : 05 65 21 61 03
Je l'aiderai à monter le matin l'exposition de photos de Juliette Armagnac sur "Alice au pays des Merveilles".
Pour un décor en lien avec Alice, les tableaux de chats de Corinne Sergeant, les soldats-cartes et les 32 pièces de l'échiquier que j'ai réalisé
grâce à Sophie Delorme seront déjà en place avec les 64 carreaux prêtés par l'entreprise de carrelages de M.Poloni, "Grès à Grès" Séguinot 47600 Nérac T 05 53 97 34 50 gres.a.gres@wanadoo.fr.
De belles photos en perspective.
J'espère en revenant de vacances voir devant la bib, les rosiers rouges et blancs plantés par les services de jardinerie de la mairie prêts à fleurir.

Le travail de Tieri Briet, découvreur d'artistes pour des livres d'un nouveau genre est à souligner. Nous avons eu le plaisir de lire deux livres de sa Collection Chahu-bohu, de Maryvette Balcou et Christelle Aguilar, qui vous attendent à la bib.

Deux albums très forts qui ébranlent et touchent :
- une histoire d'enfant des rues, de partage, de sauvetage avec un autre enfant.
- et le récit d'une leçon d'amour de la vie entre un grand-père, son petits fils et sa fille, vous ferez ensuite attention aux escargots après la pluie.
Pour l'instant, ils sont entre les mains des enfants du collège qui préparent leurs venues pour le 20 Mai 2008.


Posté par Veronique le vendredi, mai 09, 2008 à vendredi, mai 09, 2008

27.05.2008

Amour à gogo sur Agora Vox

Petite critique littéraire enfantine

 

La rentrée littéraire enfantine est magnifique. Les albums pour les enfants sont nombreux ; malgré certaines modes, les styles d’histoires et d’illustrations sont extrêmement variés. Il est intéressant de quitter les rayons les plus grand public pour explorer les créations originales des éditeurs, qu’ils soient indépendants ou aient pignon sur rue.

Cette rentrée voit sortir Amour à gogo, un nouvel album des Editions Où sont les enfants ?

Le concept de cette petite maison d’édition est d’illustrer des textes par des photographies.

Cela avait été déjà fait, au début des années 1980 : Bim, le petit âne, Crin Blanc. Ce choix met l’enfant face à un monde étrangement réel... On a l’impression brutale d’être éclaboussé par la fraîcheur de l’enfance quand on plonge dans ces livres.

Critique littéraire

L’histoire raconte la douleur d’un enfant qui voit sa maman se séparer de son compagnon ; et les joies offertes par les grands-parents qui font de leur mieux pour consoler leur petit-fils et leur fille. Un texte simple et direct, qui use de métaphores fines pour décrire la souffrance et le bonheur affectifs. Et pour expliquer les larmes qui montent tout d’un coup, en voyant deux pauvres escargots écrasés : « Personne n’aime voir ce qui s’est cassé en mille morceaux. »

 

Critique photographique

L’étrangeté des photos de Amour à gogo, c’est que leur cadrage leur donne deux centres : là où se passe l’action, et un autre centre, une feuille, un vide, un bourgeon, qui, comme une question, empêche de se faire une idée trop facile de l’image. Elles sont assez belles, sans être esthétisantes ; toujours vivantes. On sent parfois la retouche...

L’image la plus puissante, c’est celle du visage de la maman, qui s’épanouit enfin quand elle reçoit de la pluie et éclate de rire. Les visages sont vrais : l’enfant et les adultes n’ont manifestement pas été choisis pour correspondre à la mode, mais parce qu’ils étaient expressifs, et contenaient leur beauté propre, faite de vie et de choix intérieurs.

Critique typographique

Comme dans les autres livres de cet éditeur, les photos prennent toute la page, et le texte est « posé » sur la photo. Ne vaudrait-il pas mieux réduire les photos et laisser un encadré pour le texte ? La lecture en serait facilitée.

Critique éditoriale

Amour à gogo est le cinquième livre des Editions Où sont les enfants, dont le credo est : « Les enfants regardent le monde. Donnons-leur des livres qui ne baissent pas les yeux. » Les livres, effectivement, ne baissent pas les yeux : pas de guimauve ; pas de facilités pour contourner les questions des enfants.

Il paraît que le comité de lecture de Où sont les enfants ? est composé d’enfants.

Alors émergent des questions, face à cette démarche radicale.

Un enfant peut-il être un styliste, un éditeur ?

Les livres pour les enfants doivent-ils se tordre pour leur plaire ? Ne devraient-ils pas amener les enfants quelque part où ils n’auraient pas eux-mêmes l’idée d’aller ?

Un comité de lecture enfantin peut-il être réellement libre ?

La question est ouverte. Elle interroge, au-delà de la littérature enfantine, notre rapport à l’enfance, à la culture, à l’éducation, à la liberté.

Sur leur blog, les Editions Où sont les enfants ? expliquent qu’elles créent des livres intenses pour « pour indiquer [à l’enfant] qu’il y a encore des aventures à mener, des émerveillements à éprouver et des révoltes à vivre jusqu’au bout de l’enfance ». Mais au bout de quelle enfance ? Celle des enfants ? Où celle qu’on regrette, qu’on idéalise et qu’on réinvente ? Eternel paradoxe des adultes qui abordent le monde mystérieux, désormais inaccessible, de l’enfance.

Il n’est pas nécessaire d’avoir des enfants pour s’intéresser à leurs livres. Les livres pour enfants, en initiant à la lecture, au rêve, à la pensée, à la société, construisent la vision des adultes de demain. Il est étrange que nous les lisions si peu. Où sont les adultes ?

Webographie :

Blog des Editions Où sont les enfants ?

http://ousontlesenfants.hautetfort.com/

Sites spécialisés dans la littérature enfantine :

Ricochet Centre International d’Etudes en Littérature de Jeunesse

http://www.ricochet-jeunes.org/

Citrouille Site des libraire spécialisés jeunesse

http://lsj.hautetfort.com/

16.05.2008

Où sont les enfants ? à la librairie Comptines

339698139.jpg3 novembre 07 - Faire des livres avec des photos et des enfants - Rencontre avec les éditions Où sont les enfants?

Samedi 3 novembre 2007 à 16h
Comptines vous propose une rencontre inédite et insolite avec des artistes engagés dans un travail très original autour de cette question :

Comment fabrique-t-on un livre avec des photos et des enfants ?

• Juliette Armagnac, photographe-illustratice, nous présentera son travail en cours autour du texte d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll
• Tieri Briet, auteur et éditeur, nous parlera des éditions Où sont les enfants ? qu’il a créées et qu’il anime avec une passion communicative depuis 2005.

Ensemble, Juliette Armagnac et Tieri Briet, ont publié un très bel album : Prénom Camille, dont vous pouvez retrouver la critique sur notre site.
La rencontre se clôturera par un partage de bonbons et autres sucreries colorées !

Du 3 au 17 novembre, vous pourrez découvrir un avant-goût de l’album à venir, dans le cadre d’une EXPOSITION des photos de Juliette Armagnac à la librairie.1469033200.png

Juliette Armagnac a déjà publié :
Printemps pour un nouveau siècle, Maison de la Poésie, 1999
Cela s’appelle l’aurore, Maison de la Poésie, 2000
La Chaîne de David, Giorda, éd. Syros jeunesse, 2002
Un jour au collège, Bertrand Solet, éd. Syros jeunesse, 2001
Le Ranch de la pleine Lune, Jenny Oldfield, éd. Zulma, 2003/2004/2005
collection jeunesse de romans d’aventure
Encyclopes : l’architecture, éd. Milan, 2006
Prénom : Camille, Tieri Briet, éd. Où sont les enfants, 2007

Et publiera bientôt :
Les Hirondelles (titre provisoire), Claire Guiseppi, éd. Art Média (à paraître en 2007)
Alice aux pays des merveilles, Lewis Carroll, éd. Où sont les enfants ? (à paraître)
Enfin seul, Manu Causse, éd. Où sont les enfants ? (à paraître)

Tieri Briet est auteur, en plus d’être éditeur. Il a déjà publié :
Petite brouette de survie, éd. Où sont les enfants ?, 2005
Le Jardin de l’éditeur (ouvrage collectif), éd. L’amourier, 2006
Primitifs en position d’entraver, éd. L’amourier, 2007

12.05.2008

Griffon - Juin 2008

ATI
TIGUIDA ET LA POTION MAGIQUE
ÉDITIONS OÙ SONT LES ENFANTS ?
Les éditions Où sont les enfants ? sont spécialisées dans les albums dont les illustrations sont des photographies. Ici Ati signe les illustrations et les dialogues. Quatre enfants se retrouvent dans la cabane de Tiguida, au milieu de la campagne. Parmi eux, la “propriétaire” des lieux, Tiguida, un frère et une sœur, Antonius et Fleur qui ne sont pas heureux de se retrouver car ils se détestent et tous deux ont fui leur famille et enfin Christiano qui a été oublié par son bus sur une aire de repos et veut absolument participer à la finale de foot : il est un des membres importants de l’équipe ! À l’aide d’un vieux grimoire, ils vont préparer une potion magique qui va leur permettre de faire voler une caravane, permettre à Christiano d’arriver à temps pour la compétition tandis que de retour à la cabane Antonius et Fleur diront au revoir à Tiguida et repartiront réconciliés. Une belle histoire agrémentée de magnifiques photos en couleurs. Gageons que les “acteurs” ont passé en faisant les photos, un excellent moment, comme nous avons apprécié leur prestation. Une nouvelle forme d’album à mi chemin entre la BD et les romans-photos.
32 pages, format à l’italienne 266 x 195, couverture souple, 9,80 euros.

Chez le même éditeur Prénom Camille de Tieri Briet et Juliette Armagnac qui nous raconte la rencontre d’une petite fille qui s’appelle Camille et d’un petit garçon qui porte le même nom.

Tieri Briet et Alejandro Martinez ont aussi signé Petite brouette de survie. Un petit garçon découvre dans son frigo Oscar, un poisson qui lui demande de le ramener à la mer. Mais dans le village, il n’y a pas la mer !

RENÉ BOYER

 

Griffon - Juin 2008

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LITLI : SOLIQUIÉTUDE
ÉDITIONS OÙ SONT LES ENFANTS ?
Collection En chemin

Séverine Thevenet a deux passions : les marionnettes et la photographie. Elle trouva la marionnette dans un vide grenier à Lyon et découvrit lors d’un séjour les magnifiques paysages d’Islande. Il ne restait plus qu’à bâtir l’album. Elle habilla la marionnette, prit des photos, en noir et blanc à Lyon et à Paris puis, au cours d’un deuxième voyage en Islande elle mit en scène sa marionnette dans les magnifiques paysage désertiques, au milieu de nulle part : solitude et quiétude = soliquiétude. Elle utilisa cette fois la couleur. Il ne manquait plus que les quelques phrases de Catherine Leblanc pour donner tout le caractère poétique à l’aventure : Y a-t-il de l’air entre les pavés ? Si tu regardes longtemps, même une pierre finit par s’ouvrir… Il ne manquait plus que l’écrin et là, ce sont les éditions Où sont les enfants qui ont su le créer : une couverture de carton presque brut avec, incrusté dans la couverture une photographie de Litli et un dos toilé, le tout enserrant un livre d’une fabrication particulièrement soignée. Les amateurs de beaux livres apprécieront.
48 pages, dont une double, format carré 235 mm, 24 euros, ce qui est un prix raisonnable pour un tel livre.
Soliquiétude, c’est aussi une exposition d’une quinzaine de photos tirage grand format.

JEAN BIGOT


09.05.2008

Un cadeau de Géraldine Collet à Alice Sidoli

20 novembre 2007

- Une photo que tu as publiée le 16 novembre (arbre) sur ton site m'a transportée et cette histoire est arrivée. Je te la donne, m'a dit Géraldine Collet

- Merci Géraldine!

Alice Sidoli 

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Ils se tenaient déjà debout, arrivés on ne sait comment ni par qui. Peut-être les oiseaux, partis au loin chercher mieux pour la saison. Ils étaient là, posés, fragiles et verts, si près de l'eau. J'ai fait mine de les compter mais lui, au milieu, disait plus. Quel âge pouvait-il avoir ?

 

Celui que tu me donneras. Répondit l'arbre.

 

J'ai trouvé ça drôle comme réponse. J'ai dit: huit ans, comme moi ?

 

Le temps que tu me laisseras pousser et grandir. Le temps où tu viendras, fatigué, t'y reposer. Le temps où tu viendras, heureux, te raconter, peut-être à deux. Pour vous cacher, du soleil, de la pluie ou de ce qui ennuie. Quand mes racines devenues profondes te rassureront. Et puis,...

 

Oui, continue...

 

Et puis la terre. L'espace que je prendrai, devant la mer. Cela dépend.

 

De quoi ?

 

De ce que tu voudras faire de moi, peut-être que du bois.

 

Pour quoi faire ?

 

Te réchauffer en plein hiver, quand alors, tu ne compteras plus sur tes doigts.   

 

J'ai dit que sûrement pas. Que dans les arbres, on peut faire des cabanes, que les branches font des bâtons et qu'avec les bâtons, on peut marcher, encore plus loin.

 

C'est ton âge qui parle plus que toi ! L'arbre se mettait en colère, car, à la fin, il la connaissait l'histoire des forêts disparues et des oiseaux qui ne venaient plus.

 

Mais, je ne veux pas de ça.

 

Alors, protège-moi. Prends un bâton et va leur dire, même tout bas, que je ne gêne pas.   

 

 

Géraldine Collet

 

  

   

L'œil de l'objectif - Citrouille, mars 2007

Citrouille N°46 - mars 2007

A l’origine de cet article, il y a ce constat : la photo n’est pas, ou à peine, présente en littérature jeunesse. Et dans ce dossier, on ne pouvait pas laisser ce constat tel quel, sans le questionner.

Par Madeline Roth, librairie L'Eau Vive.

L'oeil de l'objectif

En cherchant bien, des livres de photo, on en trouve. Sauf que le plus souvent, la photo est utilisée dans des imagiers, pour représenter. Elle ne sert pas un récit. Laurence Perrigault, dans son article consacré au Petit Lion, remarque que « lorsqu’en 1947, Jacques Prévert et la photographe Ylla décident de réaliser ensemble Le Petit Lion, les livres de photographies destinés à la jeunesse restent une curiosité. La reconnaissance de la photographie comme un des beaux-arts devait par la suite favoriser les relations entre écrivains et photographes, sans toutefois faire totalement disparaître l’idée d’une image pauvre, la photographie continuant d’être assimilée à un document plutôt qu’à une œuvre d’art. Les images photographiques ont souffert de leur prétendue véracité, les dispositifs de production dont elles sont issues ayant souvent été occultés au profit de l’idée qu’elles seraient une émanation de la réalité, par nature peu propices à stimuler l’imaginaire des enfants. »*

Hormis quelques titres (dont Coeur de Pic, écrit par Lise Deharme avec des photographies de Claude Cahun, édité chez José Corti en 1937 et réédité chez MeMo en 2004), la photo n’arrive vraiment en jeunesse qu’avec des livres comme Bim le petit âne (Albert Lamorisse, Jacques Prévert, édité la première fois chez Hachette en 1952). Et jusqu’aux années 1990, elle est quasiment absente des fictions pour enfants, excepté dans la collection Monsieur chat de Grasset, où sera publié en 1983 le fameux album de Sarah Moon, Le petit chaperon rouge. La photo a donc ensuite investi les imagiers, ou les collections documentaires.

Peu à peu les albums de Tana Hoban sont édités par Kaléidoscope. Tout un monde, d'Antonin Louchard et Katy Couprie, mélange différentes techniques d'illustration dont la photographie. Rue du Monde a édité deux très beaux albums de photos, dont un abécédaire, avec le collectif de photographes Tendance Floue. Tourbillon a lancé il y a quelques années une collection d’imagiers qui puise dans les photos de l’agence Magnum; les 400 coups ont publié J’étais si timide que j’ai mordu la maîtresse. Plus récemment, on peut citer des ouvrages comme Photo, les contraires (Noël Bourcier, Seuil Jeunesse), ou Ouvre les yeux (Claire Dé, Panama). Passage Piétons a également commencé son aventure éditoriale avec quelques imagiers photos, construits comme des histoires. L’aventure se poursuit aujourd’hui avec la rédaction de la revue Utile. Christian Bruel, au temps du Sourire qui Mord, avait tenté l’aventure du photo-roman avec La mémoire des scorpions (1991) et Petites musiques de la nuit (1992). Lorsqu'on l'interroge sur la réception de ces albums à l'époque, il explique d'où est sans doute venue « la tentation d'intervenir sur les photos avec des éléments peints ou dessinés et/ou colorisés de façon non "naturelle", pour introduire du doute et en quelque sorte réinjecter du fictionnel dans ce type de visuel. » Selon lui : « dans toute photo, quel que soit son traitement ultérieur, du réel a été saisi par l'objectif. Alors qu'un dessin, une peinture, ne garantissent ni ne présupposent l'existence d'un référent dans la réalité. D'où une certaine difficulté à proposer un objet fictionnel accompagné d'un vecteur visuel qui rend compte, peu ou prou, d'une réalité antérieure. Ce que Barthes nommait, je crois, l’"être là" pour le dessin et l’"avoir été là" pour la photo. ». Il ajoute : « je pense que, dans le champ du livre jeunesse, d'une manière presque réflexe, la photographie est associée au documentaire plus qu'à la fiction. Cette rareté relative tient aussi aux informations "fortuites" supposées figurer sur une photographie quand l'artiste qui produit une image graphique choisit le moindre détail représenté, d'où les jeux de citations, allusions, informations cryptées, bref toute l'inter-iconicité dont nous régalent certains artistes, plus délicate à mettre en oeuvre dans une photographie vierge d'interventions ultérieures. Enfin, en des temps volontiers procéduriers, j'imagine que les éditeurs se gardent des problèmes de droits liés aux sites et aux personnes représentés (comédiens, nécessité d'obtenir l'accord du moindre passant, édifices à la reproduction onéreuse, paysages dont certains s'estiment propriétaires…) ».

Les éditions “Où Sont les Enfants ?” ont cependant décidé de se lancer dans l'aventure de la fiction par et avec la photographie, pour «inventer des livres imaginés autrement, des livres dont l'imagerie ne renierait pas cette intensité qu'un enfant croise partout ailleurs, dans une vie quotidienne déjà peuplée de trop d'images, pour lui indiquer qu'il y a encore des aventures à mener, des émerveillements à éprouver et des révoltes à vivre jusqu'au bout de l'enfance.». Tieri Briet, l'un des fondateurs de cette maison explique : «l’une des raisons de la quasi absence de la photo dans l'album jeunesse est sans doute ce préjugé d’éditeurs qui voudrait que la photo ne soit pas pour les enfants. Et ce préjugé est un aveuglement, une espèce d’idiotie partagée par beaucoup de gens. C’est une idée reçue battue en brèche par les usages. On participe régulièrement au projet "Des clics et des classes", qui a pour objectif de faire entrer la photo dans la culture scolaire, notamment en programmant des rencontres avec des photographes plasticiens ou en travaillant avec eux sur les photos de classe. Aujourd’hui les enfants sont photographes, ils ont une intelligence de l’oeil parce qu’ils pratiquent la photo numérique, par exemple, parce qu’ils ont des albums de famille. La presse jeunesse utilise beaucoup la photo. Françoise Dolto avait attaqué très fort, dans les années 80, l’album de Sarah Moon, Le petit chaperon rouge. Je crois que beaucoup de personnes ont perpétué cette idée que la photo noir et blanc n’était pas pour les enfants. On a cherché dans les archives de l’Ina, on a réécouté l’émission. En réalité Françoise Dolto attaque juste un travail qu’elle juge dangereux, vis-à-vis de ce que Sarah Moon veut dire sur l’inceste et la gestapo. Dans d’autres émissions, elle parlera en bien, et notamment à propos du travail de Tana Hoban. »

En plus du préjugé qui voudrait que la photo ne soit pas pour les enfants, il semblerait qu’il y ait aussi celui qui voudrait que la photo ne véhicule pas d’imaginaire, du moins pas autant que le dessin. Tieri Briet explique : « C’est la même forme de bêtise que de dire que seul le cinéma d’animation va toucher l’imagination des enfants et résonner dans leur imaginaire. Et des films comme Le cheval venu de la mer, ou Mondo et autres histoires ? Les enfants comprennent qu’on est dans un monde de fiction. Ce serait leur dire que le décor de la rue ne peut pas être le décor d’un conte. Or la réalité de leur espace social peut générer le récit d’un conte. Il faut montrer aux enfants que dans le monde dans lequel ils habitent il y a des histoires à inventer, à traverser. L’imaginaire permet tout le temps de bifurquer vers autre chose que le quotidien. La confusion à la base de toutes les incompréhensions vient du fait que le corps photographié est un corps réel donc qui n’est pas un personnage de fiction. Le travail qu’on mène suscite des oppositions récurrentes qui sont basées souvent sur une forme d’aveuglement. La photo n’est pas la réalité. C’est une idée pauvre de la photo. Est-ce qu’on est dans du documentaire ou dans de la fiction, dans la mise en scène d’une histoire ? Sarah Moon est dans la mise en scène. Dominique Darbois écrivait les histoires avant de partir en reportage. On n’est pas dans le documentaire. Mais dans l’invention d’un récit de vie. Elle jouait sur cette ambiguïté, en scénarisant ses histoires. »

« Des livres qui ne baissent pas les yeux », c’est la phrase au cœur du projet éditorial d’”Où Sont les Enfants ?” Serait-ce la photo qui permet cela ? C'est ce que laisse en tout cas penser Tieri Briet : « On veut faire des livres qui vont regarder vraiment ce que peuvent vivre les enfants aujourd’hui et le raconter aux intéressés. C’est l’idée que les regards d’enfants attrapent des choses que souvent les adultes ne voient plus. Les photographes savent faire ça : donner à voir des choses qui sont autour de nous tous les jours et qu’on ne voit plus. L’oeil de l'enfant, c’est un oeil vierge, capable de remarquer ce que l’habitude empêche de voir. C’est ce regard perçant qu’ont en commun les enfants et les photographes. Un enfant interroge ce qu’il voit alors que l’adulte interroge la réalité. Avec un regard usé. »

Propos recueillis par Madeline Roth,

Librairie L'Eau Vive.