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23.06.2008

Déclinaisons du silence

L’enfant silence
de Cécile Roumiguière et Benjamin Lacombe

Seuil jeunesse, 2008

Litli Soliquiétude
de Catherine Leblanc et Séverine Thevenet

Editions Où sont les enfants ? 2008

 

 

 

 

Déclinaisons du silence

Une enfant choisit de se taire afin de protéger ceux dont elle craint d’être séparée : ses géniteurs, parfois doux, souvent féroces, qu’elle associe à des loups et qu’elle retrouve le soir après l’école dans une tanière tantôt chaleureuse, tantôt hostile. Un silence choisi, à défaut de pouvoir trouver d’autres armes. Un silence refuge assumé et entêté, pour ne pas avoir à trahir ceux qui la maltraitent et la privent en partie d’enfance. Un silence prison (tel qu’il s’incarne dans la cage qui revient dans certaines illustrations) qui, paradoxalement, attire l’attention sur la fillette et sur ce qu’elle tait, et qui inquiète la maîtresse - « alors le matin, parfois, on l’assoit devant une dame qui sent bon la banane et le pain grillé. » Mais là encore, elle ne sait que dire, ni comment. Le mutisme de la petite fille (qui, sous les pinceaux de Benjamin Lacombe, apparaît le visage grave, tandis que ses grands yeux tristes et fatigués « boivent le monde ») est mis en mots avec simplicité par Cécile Roumiguière, une simplicité qui n’exclut pas la poésie et la complexité des émotions qui traversent ce récit poignant. Les illustrations, d’une grande finesse, s’accordent aux mots sans les singer, les interprétant et les complétant avec originalité, enrichissant le texte touffu - malgré son apparente limpidité.

Car cet album raconte un dilemme difficile à résoudre, même vu de l’extérieur, une histoire de résilience et d’étouffement, d’une souffrance qui demeurerait invisible si l’on n’acceptait pas de s’y pencher. Le mérite de l'ouvrage est de proposer un regard suffisamment détaché - qui n’empêche par l’empathie - sur le parcours de l’enfant, permettant ainsi d’en saisir toutes les facettes : il y a certes une victime, identifiable, mais ses bourreaux ne sont pas rejetés en bloc et l’on comprend, à travers quelques phrases seulement, que ces derniers ne sont pas les monstres qu’on pourrait penser. Et si l’enfant n’a que son silence à offrir au départ, c’est pour dire aussi combien elle a peur pour eux.

Le silence de Litli, petite marionnette qui explore le monde en solitaire, à sa manière, est d’une tout autre nature - un silence paisible en apparence, même si Litli (son nom signifie « petit » en islandais) se réveille d’abord dans un univers terne et gris, en noir et blanc. Elle se lève malgré tout et part à la recherche d’autre chose, d’un ailleurs en couleurs. Un voyage initiatique parsemé de dangers, de fissures, voire de gouffres, que la petite parvient cependant à franchir, comme si une petite voix intérieure la soutenait régulièrement dans sa quête.

Car l’histoire de Litli est d’abord silencieuse, une succession de photographies lumineuses de Séverine Thevenet, que la marionnette Litli a accompagnée jusqu’en Islande. Les mots économes de Catherine Leblanc, qui apparaissent de temps à autre en surbrillance sur quelques-unes des pages - des mots qui guident et incitent le petit personnage à aller de l’avant, à ouvrir les yeux sur le monde - sont venus se superposer plus tard, non pas pour troubler le silence d’un récit en images qui aurait presque pu se suffire à lui-même, mais pour lui donner une résonance nouvelle.

« Seuls les mots de Catherine Leblanc ont su faire leur place : ils ouvraient de nouvelles portes dans mes images et dans l’histoire », explique celle qui se dit « mariographe », refusant de choisir entre la photographie et les marionnettes, deux passions qu’elle est parvenue à conjuguer dans ce beau livre. Des mots qui se font leur place mais savent aussi se taire quand il le faut. La « soliquiétude », sous-titre de l’album ? Un néologisme qui sonne juste, un terme qui combine solitude et quiétude, « la tranquillité douce de celui qui marche et fait naître le monde en chemin. » Le mutisme pour mieux dire les choses, un texte réduit au minimum afin de laisser parler le silence et de ne pas empiéter sur le territoire des photographies qui se succèdent.

Dans chacun de ces deux albums dont la démarche esthétique est fort différente l'une de l'autre, les parcours respectifs de l’enfant et de Litli ne sont pas similaires au prime abord, mais le silence (apaisant ou étouffant) et la place des mots (libérateurs ou alliés) sont au cœur de chacun d’eux, en lien avec une renaissance au monde et à la vie (« Viens au monde », disent les mots à Litli, qui redécouvre enfin les couleurs). Une vie devenue grise et sans éclats pour la marionnette, une vie qui n’en était plus une pour l’enfant silence, qui se contentait de murmurer quelques lettres, à l’image des petits pas indécis de Litli au tout début de son aventure. Des albums qui disent l’indicible avec délicatesse, et qui rappellent que tous nous tendons peut-être, en fin de compte, à la quiétude.

B. Longre
(juin 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

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Les histoires sans fin

8db3badd707ea8a1f1d654405785ea11.jpgLitli est une marionnette qui nous emmène en Islande. Nous suivons donc ce petit bonhomme dans les paysages volcaniques, sur les bords de l'eau, dans la ville... On contemple avec lui, on s'émerveille avec lui.
 
Grâce à la beauté des photographies de Séverine Thevenet, au  texte minimaliste de Catherine Leblanc, on peut apprécier pleinement ce livre, on pourrait presque recréer un autre imaginaire, une autre histoire avec Litli. Finalement la "soliquiétude", terme inventé ici, caractérise tout à fait l'état dans lequel on est après avoir ouvert ce livre: une quiétude bien agréable...


Titre : Litli, soliquiétude
Auteur : Catherine Leblanc
Photographies : Séverine Thevenet
Éditeur : Où sont les enfants ?
ISBN : 9782915970159

L'article sur le site "Les histoires sans fin" 

 

06.06.2008

Amour à gogo en coup de cœur sur Contalyre

couv_1579.jpgTitre : AMOUR À GOGO
Auteur : Maryvette Balcou
Photographe : Chrystelle Aguilar
Editeur : Où sont les enfants ?
A partir de 6 ans

Max est triste, sa mère n’est plus comme avant depuis le départ de son ami, son amour est cassé , elle en oublie son fils.
Max se sent inutile , il part chez ses grands-parents pour fuir sa mère. Son grand-père va lui faire redécouvrir les petits bonheurs de la vie et lui faire redécouvrir le rire jusqu’à la visite de sa mère qui, elle aussi , va retrouver goût à la vie et l’amour de son enfant
Avis : une maison d’éditions à découvrir
Cette maison d’éditions se singularise par ses illustrations qui sont des photos. Elle propose des histoires qui interrogent le monde et qui ouvrent les yeux des enfants sur ce monde.

Lecture d'Ariane Tapinos pour la librairie Comptines et la revue Citrouille

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Mademoiselle Zazie et les femmes nues

Thierry LENAIN & Magali SCHMITZLER
Éd. Où sont les enfants, coll. Chahu-bohu, 4e trimestre 2006
12,30 €

On s’est toutes (et certains ?) émues devant ces corps de femmes livrés aux regards des chalands, pour vendre lingerie et parfums, mais aussi voitures ou services divers. Nos regards d’adultes ont été attirés, choqués, amusés, énervés...Censurant le censeur qui est en nous, on s’est interdit de penser à ce que les enfants en pensent de ces corps exposés, dévoilés, de ces images de l’intime placardées sur les murs de nos villes. Et pourtant... Pourtant quand Thierry Lenain a écrit cette nouvelle aventure de Mademoiselle Zazie, l’évidence était là, aussi visible que des seins sur des affiches format abribus : cette nudité-là interroge les enfants. Et Mademoiselle Zazie, qui n’est pas en retard d’une question, se demande à quoi peut bien servir toute cette chair étalée. Mais il lui suffit de voir Max, son amoureux, bécoter les nénés d’une des belles de papier, pour décider que les respecter c’est les rhabiller. La voilà donc qui, aidée de quelques copines et bientôt rejointe par Max et ses amis, colle des vêtements de papier sur ces poupées grandeur nature.
Max et Zazie se réconcilient et on se prend à rêver de les imiter...

« Un livre engagé... et espiègle ! » dit la quatrième de couverture, et c’est bien les deux qualificatifs qui viennent à l’esprit à la lecture de ce drôle d’album, qui aborde avec humour et sensibilité un sujet plus brûlant qu’il n’y paraît. Et tellementbrûlant que Thierry Lenain a longtemps désespéré de trouver un éditeur pour cette troisième aventure de Mademoiselle Zazie. Ce sont finalement les éditions Où sont les enfants ? qui lui ont proposé de mettre en images (et en photos, puisque c’est la caractéristique de leur travail) son texte. Et c’est là une autre originalité de l’album. On s’était habitué à la Zazie à la bouille toute ronde de Delphine Durand, pourtant cette Zazie captée par l’objectif de Magali Schmitzler est crédible et ce choix de la photo, tout aussi évident que celui du sujet. Sorte de mise en abîme (les photos des « femmes nues » sont d’ailleurs visibles, comme elles le sont pour les enfants du livre), cette forme « d’illustration » est plus qu’un choix d’esthétique, c’est un choix de sens.

par Ariane Tapinos

Date de publication de l'article : samedi 12 mai 2007.

Sitartmag

Prénom Camille
de Tieri Briet et Juliette Armagnac

Editions Où sont les enfants ? 2007

 

 

 


Un simple prénom… ?

Un prénom est-il un mot comme les autres ? Non, bien sûr, et cet ouvrage entend le démontrer en déclinant toutes les significations visibles ou secrètes, fugaces ou indélébiles, qu’un simple prénom (celui de Camille, qui représente avant tout une petite fille) est capable de renfermer… Car un prénom n’est pas qu’un assemblage arbitraire de signes ou de sonorités et contient tout ce qu’un être peut incarner, pour lui-même ou aux yeux d’autrui. D’abord fœtus dans le ventre maternel (« c’est ce prénom qui résonnait autour du ventre de sa maman »), puis petite fille, Camille joue avec ses amis, explore le monde environnant (la nature, de préférence ), puis découvre les lettres de son prénom et prend conscience que les autres (sa grand-mère, sa maîtresse ou ses amis), même s'ils l'appellent par son prénom, ont une façon différente de l'appeler… et qu’il faut parfois apprendre à le partager (avec un petit garçon qui lui aussi s’appelle Camille), tout en se l’appropriant afin de pouvoir s’y identifier pleinement…

Le texte, volontairement très simple d’accès, parle d’emblée aux enfants, mais aussi à chacun de nous (puisque nous avons tous été nommé à la naissance), et vogue sur les photographies floutées de Juliette Armagnac qui intègrent le prénom de Camille de manière éphémère ou plus durable – prénom brodé, gravé dans le bois, crayonné sur un mur, écrit en gouttes d’eau, tracé dans la buée, composé de perles, ou bien néon de lumière...

Mais derrière la limpidité de l’album, se dessinent des questions qui creusent la notion d’identité (même si le prénom n’est que le support de cette identité) et bien sûr, l’envie de grandir, le désir de continuer d’explorer le monde environnant, de s’approprier l’espace et de marquer son territoire (en y inscrivant son prénom, par exemple, comme sur la photo où apparaissent deux pieds fermement rivés sur le sol moussu de la forêt), de laisser une trace et de se différencier des autres, d'apprendre à apprivoiser son prénom, à l'aimer et à s'aimer à travers lui. Ici, la photographie ne se contente pas de reproduire le réel, mais nous le livre de manière parcellaire, pour en donner une vision neuve qui oblige à regarder le monde autrement – avec les yeux d’une petite fille aventurière...

Blandine Longre
(juillet 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://ousontlesenfants.hautetfort.com

Editions Où sont les enfants ?
Derrière la rue
46240 Vaillac
osle@wanadoo.fr

Citrouille, mai 2007

9782915970074.jpgPrénom Camille

29.05.07

  • Tieri Briet
  • Illustrations Juliette Armagnac
  • Chahu-Bohu, Où sont les enfants ? - 12,30 €

Il y a peut-être deux sortes d’albums. Ceux que l’on lit en diagonale, c’est-à-dire pas même une fois, et ceux que l’on relit. Plusieurs fois. Qui ne vous donnent pas tout, tout de suite. Ceux dont les lectures successives nous font avancer comme sur un chemin, à tâtons. Ceux que l’on a envie de montrer aux personnes que l’on aime pour savoir ce qu’elles y lisent, et puisent. Ceux que deux personnes ne liront jamais de la même manière, ou que même une seule personne lira plusieurs fois différemment.

Prénom Camille est de ceux-ci. A la première lecture, on prend la poésie, la musique du texte, on prend l’enfance, offerte. Et dans les lectures, nombreuses, qui suivent, on cherche. D’où vient l’émotion, et le nom des choses que le texte remue en nous. Camille est un enfant, un futur aviateur, un explorateur. Ce prénom répété presque à chaque page, c’est l’enfant qui grandit à l’intérieur du prénom qu’il porte. L’enfant qui cherche qui il est, et qui va le trouver, mais dans l’autre. Dans l’autre Camille, l’enfant du reflet, du miroir, l’enfant en écho. Parce qu’au début de chaque histoire, au commencement de chaque vie, il y a ce quelqu’un d’autre que l’on nomme et qui nous fait nous. Le début de l’identité, c’est chaque lettre d’un prénom additionnée.

Et dans les photos de Juliette Armagnac, on fouille aussi comme derrière les mots. On cherche la clé de ce qui n’est pas donné d’emblée.

Les livres qui comptent, dans une vie, on les reconnaît. Ce sont ceux dans lesquels on veut s’arrêter, comme devant un miroir, et chercher.

Madeline Roth, L’Eau Vive

A

Editions "Où sont les enfants ?" à la bibliothèque de Lavardac

Qui pourrait mieux se présenter qu'eux mêmes !

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Je suis enchantée de recevoir et d'accueillir Tieri Briet: éditeur du Lot qui a bien voulu venir dans notre bibliothèque rurale.
Derrière la rue 46240 Vaillac
Tél :05 65 31 13 42 Fax : 05 65 21 61 03
Je l'aiderai à monter le matin l'exposition de photos de Juliette Armagnac sur "Alice au pays des Merveilles".
Pour un décor en lien avec Alice, les tableaux de chats de Corinne Sergeant, les soldats-cartes et les 32 pièces de l'échiquier que j'ai réalisé
grâce à Sophie Delorme seront déjà en place avec les 64 carreaux prêtés par l'entreprise de carrelages de M.Poloni, "Grès à Grès" Séguinot 47600 Nérac T 05 53 97 34 50 gres.a.gres@wanadoo.fr.
De belles photos en perspective.
J'espère en revenant de vacances voir devant la bib, les rosiers rouges et blancs plantés par les services de jardinerie de la mairie prêts à fleurir.

Le travail de Tieri Briet, découvreur d'artistes pour des livres d'un nouveau genre est à souligner. Nous avons eu le plaisir de lire deux livres de sa Collection Chahu-bohu, de Maryvette Balcou et Christelle Aguilar, qui vous attendent à la bib.

Deux albums très forts qui ébranlent et touchent :
- une histoire d'enfant des rues, de partage, de sauvetage avec un autre enfant.
- et le récit d'une leçon d'amour de la vie entre un grand-père, son petits fils et sa fille, vous ferez ensuite attention aux escargots après la pluie.
Pour l'instant, ils sont entre les mains des enfants du collège qui préparent leurs venues pour le 20 Mai 2008.


Posté par Veronique le vendredi, mai 09, 2008 à vendredi, mai 09, 2008

« Où sont les enfants ? »

HDD.jpgLot. Une maison d'édition réalise un conte moderne et original au cœur de la campagne.

« Où sont les enfants? »

Où sont les enfants ? Une question pour une maison d'édition du Lot dirigée par Tieri Briet et Michèle Leydet. Celle-ci, à orientation jeunesse, était une association proposant aux enfants des ateliers d'écriture et de photo. « Où sont les enfants ? » prépare un 3e livre.


L'histoire a été imaginée par Maryvette Balcou, romancière de La Réunion et illustrée par Christelle Aguilar. C'est le making-of d'un court-métrage qui se tient donc près de Salviac. Le décor de bidonville a été créé avec un tel réalisme qu'un observateur extérieur peut oublier qu'il se trouve à la campagne. Ce décor de tôle et de toile est le cadre d'une rencontre entre deux enfants. L'un vit dans un appartement au-dessus du bidonville, et remarque que les enfants y dorment debout. Ils se lient d'amitié et chacun explique comment il dort. C'est un conte cruel, mais avec cette magie des regards d'enfants qui rendent merveilleux le monde qui nous entoure.

Où sont les enfants donc ? Partout. À voir les regards de Michèle Leydet et Tieri Briet, la voie de l'enfance anime aussi leur implication dans ce monde imaginaire.

Christine Gouttenoire

La Dépêche du midi, 20 juillet 2005

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